La montre régulateur : mesurer le temps à la seconde près

Collection SARDO - Centre national des archives historiques

Voyager en train c’est aussi voyager dans le temps. Mais alors, comment mesurer ce temps ?
Apparu à la fin du XVIIème siècle en Europe, le régulateur est vite devenu la solution pour mesurer le temps de manière linéaire et précise. Jusque là, les horloges affichent un temps qui est approximatif, qui varie chaque jour de plusieurs minutes, et qu’il faut constamment ajuster. Cette approximation, qui convenait aux activités humaines quotidiennes, devint alors de plus en plus problématique à mesure que les sciences et techniques pénétrèrent les sociétés.

Le régulateur désigne initialement le mécanisme de mesure au coeur de l’horlogerie moderne. Son image nous est évidemment familière : celle d’un cadran où les heures et les minutes sont dissociées. Synonyme de précision à la seconde près, le régulateur constitue l’élément-clé de la mesure du temps moderne.  Les montres-régulateurs sont partie intégrante de l’Histoire – et désormais du patrimoine – de SNCF.

Le régulateur est la pierre angulaire de l’horlogerie mécanique.

Le régulateur vient concentrer en un petit mécanisme des siècles d’observation du ciel par les astronomes qui cherchent à mesurer et conserver les mouvements des astres, notamment de la lune et du soleil. Il témoigne du nouveau monde qui commence à se former à l’orée du XVIIe siècle, où la navigation maritime devient un enjeu-clé pour les grandes puissances, et nécessite une chronométrie de pointe. Le temps prend dès lors une importance croissante, et ce d’autant plus au moment de l’arrivée des chemins de fer. Les montre-régulateurs deviennent la référence temporelle des employés de chemin de fer.

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Montre Régulateur

Dans les gares françaises, l’ajustement de l’heure se faisait régulièrement et quotidiennement. Chaque personnel ferroviaire était responsable de la bonne marche de sa montre de poche. Ci-dessus quelques modèles de montres régulateurs de notre collection.

Parlons de ces caractéristiques. La montre régulateur est plate afin de pouvoir se loger dans une petite poche, et d’être transportée facilement. La numérotation dite arabe est privilégiée puisque les chiffres romains sont moins lisibles. La lecture de l’heure doit être évidente et effectuée rapidement d’un simple coup d’oeil. En Europe, les cadres sont larges et nets, afin de faciliter la lecture de l’heure. Généralement fabriqués en argent ou en acier argentés, les montres régulateurs sont gravées au dos du capot. Ci-dessus, un régulateur usuel, à cadran ouvert, et à remontage manuel. Une gravure de train figure à l’arrière plan du cadran, fabriqué en Suisse.

 

En savoir +

Le saviez-vous ? La montre régulateur, et la mesure du temps qu’elle implique, permet aussi l’essor d’une industrie particulière, qu’est l‘édition de livrets horaires et de guides touristiques par l’imprimeur Napoléon Chaix en 1845. Ce dernier fonde l‘Imprimerie centrale des chemins de fer qui, dès l’année suivante, sort le premier Livret indicateur des horaires des trains. Ce livret est appelé « l’indicateur Chaix » puis, par simplification, « le Chaix » et permet aux voyageurs de connaître les horaires des trains. En 1880, une importante succursale de l’Imprimerie centrale des chemins de fer est implantée au 126, rue des Rosiers, à Saint-Ouen. En 1881 elle devient l’Imprimerie Chaix. On y imprime, outre les affiches de Jules Chéret, directeur artistique, et de ses amis comme Lucien Lefèvre, Alfred Choubrac ou Georges Meunier, des travaux de composition, de tirage typographique, de brochage, de reliure, de réglure, etc. L’entreprise familiale ne cesse de se développer et devient vite l’un des plus puissants ateliers d’imprimerie d’Europe. Surtout connue pour l’édition des indicateurs de chemin de fer jusqu’en 1976, Chaix imprime également des dépliants publicitaires, des affiches, des périodiques, des ouvrages, ainsi que la série mensuelle Les Maîtres de l’affiche.

Au XIXe siècle, unifier l’heure sur le territoire français devient nécessaire. L’essor du chemin de fer est conséquent, et il n’est dès lors plus possible de régler les horaires des trains sur les heures locales de chaque ville. Afin de garantir la  régularité et la sécurité du service ferroviaire, les compagnies décident de prendre pour heure d’origine l’heure de Paris, tout en conservant l’affichage de l’heure locale. En résulte une confusion pour les voyageurs. Les compagnies prennent alors l’initiative de faire partir les train avec cinq minutes de retard par rapport à l’heure de Paris. Sur les quais les horloges affichent l’heure dite « de Rouen », en retrait de quelques minutes par rapport à l’heure officielle. Les chefs de gare fixent le départ réel des trains sur cette heure-ci. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, toutes les villes françaises adoptent soit double affichage horaire, soit l’heure de Paris. La loi du 14 mars 1894 met un terme à ce dédoublement en fixant l’heure légale en France métropolitaine et en Algérie à l’heure du temps moyen de Paris.  Cette harmonisation est l’un des marqueurs de l’adaptation de la France à la révolution industrielle et économique en cours.

Enfin, par la loi du 9 mars 1911, la France adopte l’heure du méridien de Greenwich, abrégée GMT en anglais, ainsi que le découpage de la journée en 24 heures au lieu de deux fois 12 heures. Ces usages avaient été recommandés en octobre 1884 à la Conférence internationale de Washington.

  • Fin du XVIIe siècle

    Apparition du régulateur comme mécanisme d’horlogerie

  • 1846

    Impression du premier livret indicateur des horaires des trains. Ce livret est appelé « l’indicateur Chaix » puis, par simplification, « le Chaix ».

  • 1880

    Une importante succursale de l’Imprimerie centrale des chemins de fer, fondée en 1845 et qui prend en 1881 le nom d’Imprimerie Chaix, est implantée au 126, rue des Rosiers, à Saint-Ouen.

  • 14 mars 1891

    Uniformisation de l’heure sur l’ensemble du territoire national, fixant l’heure légale en France métropolitaine et en Algérie sur celle de Paris.

  • 9 mars 1911

    La France adopte l’heure du méridien de Greenwich, abrégé GMT en anglais, ainsi que le découpage de la journée en 24 heures au lieu de deux fois 12 heures.

Bibliographie

Baillaud, Lucien. Les chemins de fer et l’heure légale. Revue d’Histoire des Chemins de Fer, n° 35, automne 2006, p. 25-40.

Historail, Les Chaix. Une dynastie de compagnons du voyage. Par G.Ribeill, 10 juillet 2019.

Alban Chaix, Historique de l’imprimerie et de la librairie centrales des chemins de fer : organisation industrielle et économique de cet établissement, 1878